Certaines personnes utilisent l’humour pour divertir. D’autres l’utilisent pour survivre. Dans ce nouvel épisode des « Capables », le vidéocast de CAP48 présenté par Anne-Laure Macq, nous rencontrons Youri Nawara, humoriste bruxellois qui a fait du rire bien plus qu’un métier : un langage, une manière d’exister et parfois même une façon de réparer ce qui a blessé.
À première vue, rien ne prédestinait Youri à devenir humoriste. Après des études en sciences politiques puis en gestion culturelle, il aurait pu emprunter une voie mais plus classique. Mais le déclic survient bien plus tôt. En rhéto, une professeure de français demande à ses élèves de réaliser un exercice d’autodérision après avoir visionné le film Les Barons. Youri écrit alors un texte humoristique sur lui-même. Le résultat dépasse toutes les attentes. Sa professeure lui propose de le présenter lors du spectacle de fin d’année. Ce soir-là, quelque chose se passe. Pour la première fois, il a l’impression d’être vu pour ce qu’il est vraiment. Une vocation venait bien de naître.
« Les gens m’ont vu moi. Pas l’image qu’ils se faisaient de moi. »
— Youri Nawara
Mais derrière les punchlines, il y a un parcours de vie marqué par un AVC à l’âge de deux ans, un handicap visible, des moqueries, des doutes et, surtout, une incroyable capacité à transformer les blessures en matière première pour l’humour.
Pourtant, il explique avoir grandi sans véritable « avant » ni « après ». Le handicap a toujours fait partie de sa vie. Ce qui l’a davantage marqué, ce sont les regards, les remarques et les moqueries qui ont jalonné sa scolarité. Comme beaucoup d’enfants et d’adolescents différents, il a appris très tôt ce que signifie être observé, jugé ou réduit à une caractéristique visible. Mais là où certains auraient choisi le silence, Youri a choisi le rire.
« Le stand-up me permet de rendre cool tout ce qui ne l’était pas. »
— Youri Nawara
Parmi ces souvenirs figure notamment un surnom qui aurait pu rester douloureux : « T-Rex », en référence à son bras paralysé. Un mot qui, avec le temps, a trouvé sa place dans ses spectacles. Comme beaucoup de ses blagues, il est devenu une manière de reprendre possession de son histoire.
Au fil de la rencontre, Youri évoque aussi sa grande timidité. Car derrière l’humoriste qui captive un public se cache quelqu’un qui a longtemps douté de sa place parmi les autres. Quelqu’un qui s’est souvent senti en décalage. Quelqu’un qui a connu l’anxiété, les comparaisons et le sentiment de ne pas toujours correspondre aux attentes de la société. C’est précisément pour cette raison que la scène occupe une place si particulière dans sa vie. Sur scène, tout devient plus simple. Le public est là pour l’écouter. Et surtout, il se sent légitime.
« Dans la vie, j’ai souvent l’impression de devoir chercher ma place. Sur scène, elle est évidente. »
— Youri Nawara
Lors de l’exercice des étiquettes, plusieurs mots sont proposés à Youri : courageux, vulnérable, fragile, anxieux… Contrairement à beaucoup de personnes, il ne cherche pas à fuir ces termes. Au contraire. Il revendique sa fragilité et même sa vulnérabilité. Pour lui, elles font partie de l’expérience humaine.
Ce qui frappe chez Youri Nawara, c’est sa capacité à regarder son parcours avec lucidité sans jamais tomber dans l’amertume. L’humour n’efface pas les difficultés. Il ne nie pas les blessures. Mais il permet de leur donner une autre place. De reprendre le pouvoir. De raconter soi-même son histoire plutôt que de laisser les autres la raconter à sa place. Et peut-être est-ce là toute la force de son parcours. Faire du rire un espace de liberté.
Retrouvez Youri Nawara dans “les Capables” sur Auvio.
Dans cet épisode des Capables, Anne-Laure Macq met en lumière un humoriste qui transforme les préjugés en punchlines et les obstacles en matière à réflexion. Une rencontre drôle, sensible et profondément humaine qui nous rappelle qu’avant le handicap, il y a toujours une personne, une histoire et une voix qui mérite d’être entendue.
Une rencontre sincère, touchante et inspirante qui nous rappelle qu’avant les limitations, il y a toujours des talents, des rêves, des projets et des capacités à révéler.